C3- L'individu
Un article de Upfing.
| > Retour au programme |
| ATELIER C3
Imaginaires et applications de "L'Homme augmenté" Jeudi 24 mai / 14h-16h30
|
Sommaire
|
Discutants
- Animateur : Rémi Sussan, FING, journaliste à InternetActu, auteur des Utopies posthumaines, paru en 2006 aux éditions Omnisciences
- Daniela Cerqui, Enseignante à l’Institut d’Anthropologie de l’université de Lausanne
- Jean-Louis Fréchin, ENSCI / les Ateliers
- Jean-Gabriel Ganascia, laboratoire LIP6 / Université Pierre et Marie Curie
Questions de départ (A discuter !!)
L'idée d'intervenir sur et dans le corps (implants, "améliorations" diverses, exosquelettes...) choque de manière naturelle, et dans le même temps elle progresse dans les faits. Elle possède une puissance évocatrice qui incite (dans un sens ou dans l'autre) à l'action. Elle séduit des chercheurs, des penseurs, des acteurs industriels ou militaires, mais aussi dans la santé.
- Pourquoi ce thème émerge-t-il aussi fort dans les imaginaires ? A quels besoins répond-il ?
- Avec quoi joue-t-on au juste ? Avec quels interdits ? Ceux-ci demeurent-ils valables ?
- Sur ces questions, peut-on s'affranchir du jugement éthique (lui-même instable) ?
Méthodologie de l'atelier (A discuter !!)
Le thème général des ateliers du jeudi est "Les folies fertiles".
Ils ont pour vocation :
- D'illustrer (ou de "challenger" !!) au travers de situations concrètes et de thèmes (l'individu, l'organisation, la société, l'information et la ville) les constats de la 1ère matinée :
- Nous sommes tous, un peu, apprentis sorciers (en tant qu'innovateur, producteur ou consommateur). Plus particulièrement, l'innovateur est par essence un apprenti sorcier. Il ne peut pas se soucier de toutes les conséquences de ce qu'il fait.
- A mesure que les technologies (1) confèrent à leurs utilisateurs un pouvoir plus grand sur eux-mêmes et ce qui les environne, et (2) deviennent plus personnelles, plus intimes, plus imbriquées dans nos vies et dans l'espace physique, leur potentiel de changement, mais aussi de catastrophe, croît.
- Il existe une tension croissante entre le désir de changement, d'innovation, d'exploration, et la demande de maîtrise, d'enracinement, de repères. L'un des enjeux modernes est de recréer un lien entre ces deux aspirations.
- De produire collectivement des conclusions, ou des représentations, à partager avec les autres participants de l'UPFING, et au-delà.
Cette production peut prendre une de ces trois formes (ce sont des suggestions, d'autres voies sont possibles) :
- 1- Des scénarios (3 à 4) : par exemple, "business as usual" (ce qu'il se passe si on laisse les choses aller comme aujourd'hui) / "potentiel maximal" (ce qu'il se passe si tous les potentiels en germe sont poussés jusqu'à leurs plus extrêmes conséquences) / "catastrophe" (ce qui peut vraiment tourner mal) / "Inattendu" (ce qu'il peut se passer si un ou deux facteurs prennent un tour totalement différent). Un scénario est une histoire, un aperçu scénarisé du futur. Il doit être cohérent, surprenant et plausible.
- 2- Un message : par exemple, 3 à 5 principes éthiques ou politiques, règles de design ou de management, mesures urgentes, etc., sur lesquels les participants se sont mis d'accord. Il est alors important que les participants aient non seulement recensé des propositions, mais aient pris le temps de les discuter, de les classer et d'en éliminer quelques-unes (c'est souvent le plus dur, mais aussi le plus important pour que les propositions retenues soient vraiment fortes).
- 3- Un rapport d'étonnement : les 4 à 5 choses que nous avons apprises ou imaginées qui sont les plus surprenantes, excitantes, inquiétantes… en tout cas neuves pour tout le monde. Il faut dans ce cas (1) Que les participants aient là encore discuté, sélectionné, éliminé, et (2) Que les 4 ou 5 idées soient un peu approfondies : qu'est-ce que cela nous apprend ? En quoi est-ce important ? Qu'est-ce que ça pourrait changer en profondeur ? Dans quelles directions alternatives cela pourrait-il nous mener, en fonction de quoi ?
Discussions en ligne
--Pour amorcer la discussion...Différentes visions de "l'augmentation"
Par Remi Sussan, FING
Plusieurs visions se chevauchent :
- La première concerne des transformations simples, comme la modification de l'humeur, telle qu'elle existe déjà avec de produits comme le café, le thé, voire aujourd'hui la ritaline ou le Modafinil, ou des modifications corporelles allant du port de lunettes à la chirurgie esthétique.
- le "cyborg" propose une vision poussée à l'extrême de ces modifications "banales" : les lunettes deviennent des zoom greffés dans l'oeil, les béquilles un exosquelette, etc. l'esthétique est "crasseuse" mêlant organique et mécanique, analogue aux visions cyberpunks de William Gibson ou du film "Blade Runner"
- l'homme reconstruit: par l'usage de la nanotechnologie, le corps est refait de l'intérieur, mais les changements se font plus subtils. L'idée est celle d'une biologie 2.0., plus "fluide", le côté mécanique s'efface. Dans son livre de science fiction "Ventus" Karl Schroeder élabore un monde hautement nanotechnologique, pourtant proche, apparemment d'une civilisation médiévale. Neal Stephenson, dans l'Age de diamant, présente une société néo-victorienne. Walter Jon Williams imagine dans Aristoi une culture très raffinée, qui trouve apparemment sa source dans la Chine ancienne. Kathleen Ann Goonan, dans Queen City Jazz, s'inspire des sociétés d'insectes. Rien ne différencie un monde nanotechnologique d'un monde "naturel", si ce n'est que la matière est "intelligente". Esthétique donc souvent plus proche de la Fantasy, voire de la Magie que de la science fiction traditionnelle.
- l'homme "téléchargé": l'idée que l'esprit puisse être transformé en une pièce de logiciel (uploading) et donc devenir, d'une certaine manière, indépendante de son support matériel. L'imaginaire dans ce domaine semble se diviser en deux branches: l'une, issue des spéculations d'Olaf Stapledon, (qui ne parle pas, dans les années 30 de "téléchargement de l'esprit", mais mentionne, dans son "Faiseur d'étoiles", une progression de l'intelligence vers un esprit unique, sans préciser trop les moyens par lesquels cette évolution se manifeste) prend une tournure quasi théologique et mystique: l'exemple type en est 2001 l'odyssée de l'espace, où Arthur C.Clarke propose le scénario selon lequel l'homme passe du stade biologique au stade postbiologique, robotique, avant de devenir "pure énergie". On retrouve ce genre de théologie chez des chercheurs comme Frank Tipler, qui, avec son point Omega, imagine la création, à la fin des temps, d'un "Dieu" dont la conscience envahirait toutes choses. L'autre imaginaire de l'uploading est curieusement lié à l'esthétique crasseuse" du cyberpunk, plus qu'avec l'imaginaire "naturel" de la nanotechnologie. On trouve des êtres "uploadés" dans la trilogie de William Gibson, et c'est Charles Stross qui aborde peut-être le sujet avec le plus de brio dans Accelerando. Le lien avec l'esthétique du cyborg, plutôt qu'avec l'homme nanotechnologique,est intéressant. L'imaginaire numérique, qui sert de base aux spéculations sur le "téléchargement", reste très technicien, alors que l'imaginaire nanotechnologique, plus "biologique", tend à s'en détourner.
Rôle des différentes visions
aujourd'hui, bien entendu, seul le premier type de "vision" possède une réalité quelconque. Cependant, il ne faudrait pas ignorer le potentiel des autres imaginaires, plus délirants, qui peuvent structurer les motivations tant des chercheurs que d'une partie du public. Des scientifiques de renom comme David Deutsch, un des pères de l'informatique quantique, portent un grand interet au "point omega" de Frank Tipler. de nombreux spécialistes de l'IA ou de la robotique, comme Hans Moravec ou Marvin Minski, sont des enthousiastes du "téléchargement de l'esprit". Quant à la nanotechnologie, même si aujourd'hui elle se cantonne modestement à la production de nanomatériaux, elle doit certainement sa popularité aux visions extrêmes d'un Eric Drexler, qui du reste est l'inventeur du terme "nanotechnologie".
A discuter !!!
On intervient sur l’individu par des compléments mais suite à l’article d’Internet Actu Jusqu’où les androïdes peuvent ils ressembler aux humains ?
Ne devrait-on pas traiter aussi la question : jusqu’à quel point le robot doit’ il et peut’ il remplacer l’homme. Qu’en est-il de l’humanoïde
--Philippe Nikolov
Bonjour,
Notre atelier ADN de l'ENSCI travail ce semestre sur robot/nobot homme augmenté homme remplacé. Ce projet aborde la notion de robot ou de neo robot "nobot" au sens large: logicielle, micro mecanque, nanotechnologie avec la demarche concrete du design. Nous pourrons presenter le prefigurations et piste de projet pour lancer ou illustrer les débats.
--jean louis Frechin
Bonjour,
Aux différentes discussions sur l'homme augmenté, je rajouterais un débat sur l'homme identifié. A l'heure où l'on implante en expérimentation des RFID sur des personnes souffrant de la maladie d'Alzheimer aux US, afin de les tracer dans leur vie quotidienne, où des hopitaux en France ( à Nice) et en Europe tracent l'ensemble des personnels et des malades par RFID également, à l'heure où l'on prévoit la généralisation des implantations de RFID comme pièce d'identité ou conteneur d'informations médicales ou judiciaires, à l'heure où se généralisent les technologies d'identification comportementale ( métros de Londres et Paris), aéroports, les technologies de géolocalisation par puce implantée, à l'heure où l'on choisit les immigrants sur des critères de "qualité", le débat sur des technologies qu'on nous imposera me semble bien plus important que celui des prothèses que nous manquerons pas de nous implanter volontairement.
Jean-Noël Montagné
le soixante-cinquième anniversaire d'Isidore Alpha, une nouvelle de Jean-Gabriel Ganascia parue dans la revue "Champ psychosomatique"
2006, n°44, Corps machine, pp. 9 - 20
éditions l'Esprit du temps
Compte-rendu
Par Remi Sussan, avec les notes de Philippe Nikolov, Daniel Kaplan et Renaud Francou.
En guise d’introduction...
L'avènement annoncé des technologies NBIC (Nanotechnologie, Biotechnologie, Informatique, Cognition) ne va pas sans faire naître tant de fols espoirs que de grandes angoisses quant à l'avenir de notre espèce. L'homme pourra-t-il modifier sa nature pour le meilleur, accélérer son développement, vaincre le vieillissement et la mort ? Ou au contraire y perdra-t-il jusqu'à son identité, devenant un rouage passif d'une machine sociale qui exigera toujours plus de performances, plus de productivité ? C'est en jouant avec sa propre nature que l'apprenti sorcier risque le plus de se brûler les doigts
"Homme augmenté" - de quoi parle t-on ?
Travaux des designers de l'ENSCI
La session sur « l'homme augmenté » a commencé par une présentation des élèves de l'ENSCI : une série d'affiches publicitaires fictives impliquant, d'une façon ou d'une autre, « l'augmentation » d'une faculté humaine. A l'examen de ces affiches, les participants ont remarqué plusieurs choses : l'une des plus importantes est que les étudiants, délaissant l'esthétique « cyborg » , (à l'exception d'une publicité pour un œil bionique), ont évité de présenter des produits futuristes directement implantés dans le corps, préférant des systèmes restant en « surface », susceptibles d'être placés ou enlevés selon les désirs de leur propriétaire. Une autre observation importante faite par Olivier Auber est la présence, sur la plupart de ces affiches, de marques commerciales, comme Sony ou TF1. Cela implique-t-il que ces technologies se trouveront obligatoirement entre les mains du grand business ? Ces deux observations fourniront dans l'heure qui suit le thème de deux des ateliers.
S'est ensuite posée la question du sens du mot « augmenté ». On sait ce que signifie le fait d'augmenter un ordinateur ou une voiture mais augmenter un être humain ? Ne faudrait il pas parler plutôt de modifications, lesquelles peuvent s'exercer dans différents sens ? Le cycliste qui se dope « augmente » ses facultés physiques, mais mourra plus jeune. Certains considèrent que la suppression du sommeil constitue un progrès. Mais d'autres préféreraient faire des rêves lucides. Le groupe s'est interrogé sur le lien entre « réparation » et « amélioration ». C'est souvent en étant « réparé » qu'on se retrouve « augmenté », à l'instar de "l'homme qui valait trois milliards" . Mais que devient un homme ainsi « perfectionné » ? Une personne dont les deux jambes ont été amputées et munie de prothèses robotiques peut elle courir aux jeux olympiques ? Un transsexuel peut-il jouer au tennis dans la catégorie « femmes » etc.
Jean-Gabriel Ganascia, LIP6
Jean-Gabriel Ganascia, professeur à l'université Pierre et Marie Curie en Intelligence artificielle et sciences cognitives a ensuite présenté ses vues sur les techniques d'amélioration, notamment dans le domaine intellectuel. On peut accroître ses facultés de plusieurs façons. Certaines sont externes, par exemple l'exosquelette qui décuple la force physique, d'autres sont internes. Pour augmenter les perceptions, Steve Mann poursuit un travail depuis les années 70 qui va plus loin que ce que peuvent faire des implants. Ses étudiants portent des lunettes qui leur permettent de partager l'expérience d'un autre à distance. La réalité virtuelle aussi permet d'éprouver la plupart des perceptions (en excluant les sensations olfactives) à distance.
Mais notre cerveau sera-t-il en mesure de suivre cette multiplication des sources d'information, cette explosion des perceptions? Une augmentation des facultés intellectuelles peut s'avérer nécessaire pour rester dans le mouvement. Là aussi, on peut procéder de façon interne ou externe : Jean Gabriel Ganascia imagine, comme dans sa nouvelle," le soixante-cinquième anniversaire d'Isidore Alpha, un moyen de séparer les hémisphères du cerveau, comme le font les dauphins, afin qu'il y en ait toujours un qui fonctionne lorsque l'autre dort. Ou alors, on peut employer des moyens externes. Il mentionne alors le grand ancêtre Vannevar Bush, qui, dans les années 30, avait inventé le « memex » , un système de classification externe de la mémoire personnelle, et ce avant même la généralisation des ordinateurs. Le « memex » a donné par la suite naissance à l'hypertexte de Ted Nelson, puis au Web. Dans son article As we may think (1945), Bush imagine d'ailleurs des augmentations plus « intrusives », la connaissance se déversant directement dans le cerveau via un système électronique : cela permettrait d'apprendre en dormant.
A ce sujet J G. Ganascia note comment une technique d'amélioration peut avoir une importante postérité culturelle. En effet les premiers théoriciens de l'hypertexte faisaient souvent référence au neo-structuralistes français, comme Foucault , Barthes, Derrida.. Mais avec le web on passe d'une surlecture à une sous-lecture : les philosophes français des années 60 utilisaient la métaphore de l'hypertexte pour mieux analyser ce qu'ils avaient lu : aujourd'hui, l'hypertexte sert surtout à lire plus vite.
Mais l'augmentation de l'individu n'est pas tout : faudra-t-il augmenter l'espèce humaine dans son ensemble ? Cela permettrait de reculer son extinction. Une autre possibilité serait d'engendrer une nouvelle race de créatures qui nous ressemble, comme les robots. Dans un futur lointain, certains imaginent même qu'on pourra « télécharger » le contenu d'un cerveau biologique vers une machine. Conservera-t-on alors notre identité ? Le philosophe Derek Parfitt a imaginé la mémoire d'un individu A transféré vers un individu B et réciproquement. Puis l'un d'eux meurt. Qui est le survivant ?
Daniela Cerqui, anthropologue à l'université de Lausanne
, qui a notamment travaillé sur le thème du cyborg avec [http://www.kevinwarwick.com/ Kevin Warwick s'est prononcée, elle, sur les systèmes symboliques et les valeurs propres à l'homme augmenté. Selon elle, ceux qui travaillent sur les notions d'augmentation et de « réparation » utilisent les mêmes outils, les mêmes concepts. « A la Commission européenne des gens réfléchissent aux limites des implants - et s'aperçoivent qu'il est impossible de faire une différence claire entre utilisation des techniques à des fins de réparation et à des fins d'amélioration. On est habitué aux lunettes et par conséquent on a constitué en handicap la myopie ou la presbytie ; et demain la normalité peut devenir une vision 15/10, par exemple. » La question de la nature humaine se définit de manière mouvante. Revenant sur les travaux de Kevin Warwick, Daniela Cerqui répond aux critiques qui considèrent que se faire implanter une puce au lieu de la porter sur soi ne constitue pas une avancée significative. Selon elle, la « barrière de la peau » est le franchissement d'un tabou. C'est lorsqu'on se fait intégrer un élément artificiel dans le corps qu'on devient véritablement un « cyborg ».
Le groupe a abordé ensuite avec Jean Louis Frechin, professeur à l'ENSCI la question de la position du designer dans un contexte de fabrication de « l'homme augmenté ». Celui-ci a confié ses inquiétudes quant à la croyance que dans des domaines aussi délicats, l'utilisateur se voit élevé au statut de « créateur ». Cette « massification du facteur cheval » peut constituer une dérive. Il s'avoue ainsi très inquiet de l'arrivée des imprimantes 3D. Les modes de régulation qui s'appliquent à l'internet sous un mode complètement acentré, multipolaire, co-construit et co-régulé avec et par les usagers ne peuvent pas s'appliquer aux objets. Dans le numérique, on efface et déforme (ce qui ne signifie pas que la régulation soit inutile ; les sphères de l'internet et du web ne sont pas pour autant des sphères absentes de régulation : ce sont des normes, des protocoles, modes de financement, droits, etc.). Mais quand on touche aux objets, cela confère un aspect plus irréversible.
Imaginer les services de demain...
Les participants se sont ensuite divisés en trois groupes, chacun tentant de répondre à des questions perçues comme fondamentales et soulevé pendant le débat.
Un premier groupe, qui comprenait notamment Jean Louis Frechin, Daniela Cerqui et les étudiants de l'ENSCI, s'est intéressé au tabou de la « barrière de la peau ». Peut on concevoir des services, des « augmentations » qui resteraient « externes », n'impliquerait pas la transformation en «Cyborg » ?
La question des rapports entre l'homme et la machine a été posée par le groupe. Augmenter l'homme est-ce lui donner plus de capacités propres à la machine, ou au contraire lui octroyer des caractéristiques plus humaines ? Alors que tout le monde s'accorde sur la deuxième possibilité, Daniela Cerqui, montre que pourtant, toutes les améliorations proposées vont dans le sens de l'intégration de fonctions mécaniques.
Parmi les services proposés :
- la « poubelle numérique postmortem ». il s'agit d'enregistrer l'ensemble de la vie d'une personne. Ensuite, bien des années après son décès, ses descendants pourront « ouvrir » ces données pour accéder au destin de leur ancêtre.
- On a parlé aussi de pouvoir se « débrancher le cerveau ». En cas de stress , pouvoir simplement être éteint, puis « rallumé » de l'extérieur.
Encore une fois il s'agit ici d'un dispositif externe, et non interne comme pourrait l'être une drogue, par exemple.
Une autre idée est la cosmétique réactive sensorielle, inspirée par une des affiches des étudiants de l'Ensci. Celle ci montre des personnages dont le visage affiche différents mots représentant des émotions : (amour, haine, etc.). Ce maquillage est en effet capable de révéler les sentiments de la personne qui le porte. Lors de l'atelier, l'auteur de l'affiche a proposé d'aller un peu plus loin, non plus en affichant des mots mais en accentuant les signaux physiologiques liés aux émotions.
Un second groupe s'est attaché aux moyens de soustraire les technologies d'augmentation à l'impact du gros business : peut on imaginer de tels systèmes en s'inspirant de la logique du logiciel libre? Jean-Marc Mannach (InternetActu) précise qu'au coeur du débat il y a la brevetabilite du vivant, du génome humain.
Pour Olivier Auber, les interfaces doivent être réversibles et interopérables. il faut libérer les codes de leurs ancrages physiques ; Ils ne doivent pas appartenir à qui que ce soit. Si on dépend d'un tiers il faut pouvoir en changer. Pour Jean-Marc Mannach, il faudra documenter ces futures interfaces à la manière du logiciel libre, pour aider les autres, mais aussi pallier les travers, anticiper les risques, problèmes, pressions politiques pour le bien commun Il y a aujourd'hui des améliorations médicales mais quand les « modifications corporelles » seront de l'ordre du loisir il faudra qu'il y ait des procédures de validation et de sécurité. Cela inclut les drogues physico-chimiques et logicielles, les réalités augmentées dont les programmes seront libres ou hackés. C'est la même chose pour les imprimantes 3D ou nano : le schéma de fabrication de l'eau ou du coton ne doit pas être brevetable ou privatisable . Pascal Renaud, socio-économiste à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) demande alors quelle est la capacité des citoyens a exercer leur contrôle sur les logiciels qui les entoure ? Les logiciels libres sont pas une garantie suffisante.
Le troisième groupe a essayé de créer les spécifications d'un « système d'augmentation » : le groupe s'est attaché à imaginer les contours d'un dispositif permettant à tout un chacun de pénétrer l'esprit de quelqu'un d'autre de manière temporaire et consentante, à la manière du scénario développé dans le film de Spike Jonze Dans la peau de John Malkovich.
Le service reposerait ainsi sur quelques principes de base tels que le consentement du "pénétré" (celui-ci donne son aval en contrepartie d'une compensation d'ordre financière ou autre à définir à l'avance) ou la garantie pour les deux parties de non conservation des données. Il pourrait s'agir d'un service payant accessible à tous, facturé au temps mais qui pourrait aussi prendre la forme de thérapie (réapprendre à parler) ou encore de service public (de type "service militaire de coopération" où l'on pourrait "transférer" des jeunes des pays riches dans les pays en voie de développement et leur "forger" ainsi la personnalité !). Parmi les questions en suspens : imaginer des formules d'assurance au cas où le "voyage" se terminerait mal pour le "pénétré", garantir la protection des données et des sensations vécues lors du transfert, imaginer des modes de protection (le "piratage" d'un tel service porterait en lui des germes de désastre).
Notes de Daniel Kaplan sur les travaux du 3e groupe
Note : le "service" présenté plus loin est un simple produit de l'imagination, décrit avec autant de précision que possible. Tout en jouant le jeu, la plupart des membres du groupe ont exprimé de sérieuses réticences devant l'émergence d'un tel service...
Le service : "Deviens un Autre" / "Vis ma vie"
Fondé sur l'idée du "lifelog", une application qui enregistre tout ce que vit un individu (ce qu'il voit ; ce qu'il entend ; où il se trouve ; ce qu'il produit ; ce qu'il ressent : par exemple chaleur, humidité, pulsations cardiaques, température du corps... et plus tard, pourquoi pas, un branchement direct sur les ondes cérébrales), le service consiste à permettre à son utilisateur de se projeter d'une manière aussi complète que possible dans le corps et l'esprit d'une autre personne (ou pourquoi pas d'un animal, son chat, un aigle...).
Quelques références à vérifier et compléter :
- Film "Ce que pensent les femmes"
- "Brainstorm", Douglas Turnbull
- Emission "Vis ma vie"
- Les chamans
Noms commerciaux possibles
- Be2Be (V2 : Be2Brain)
- ChamanXp
- Percept Inc.
- AlterXp
Conditions d'utilisation
Le service connecte en quelque sorte deux personnes : le "ressentant", qui percevra le monde au travers des sens et de l'expérience du "ressenti".
- Le "ressenti" doit être consentant. Il reçoit une forme de paiement ou de compensation (par exemple sous forme de réciprocité). Il peut être anonyme (trouver des formes d'anonymisation, par exemple brouiller certaines choses, transformer légèrement certaines données à la volée...), mais pas forcément (si le "ressenti" est une célébrité par exemple – dans ce cas le service coûte très cher).
- Le "ressentant" n'éteint pas ses propres sens, sinon l'expérience n'a plus rien de riche pour lui. Il accepte non seulement de payer, mais aussi d'être un jour le "ressenti" d'un autre, pas forcément de celui qu'il ressent. Il doit présenter un certificat médical (absence de schizophrénie, d'épilepsie, etc.) et signer une décharge de responsabilité.
- Les interdits :
- L'appropriation d'identité
- L'effraction (non consentement)
- Une durée de projection supérieure à X heures
- Le stockage et la réutilisation des données "ressenties"
- La manipulation du ressentant, même avec son consentement (cas particuliers ?? Exemple de services pornographiques…)
- Se projeter dans certains animaux
Commercialisation
- Tarification fonction :
- De la durée (possibilité de forfaits)
- Du ressenti (anonyme ou non ; proche ou non ; même sexe ou non ; humain ou animal ; services spéciaux : utilisation thérapeutique, visite virtuelle, traduction, sexe...)
- De l'usage individuel ou collectif ("le coucher du Roi")
Extensions possibles
- Après l'expérience, un échange (anonyme ou non) entre le "ressentant" et le "ressenti"
- Un fil RSS de perceptions (à développer…)
- Usages thérapeutiques, par exemple dans le traitement de l'autisme
- Un service public de découverte de l'autre ; voire, en faire une obligation pour favoriser le dialogue des communautés
