F3- Responsabilités
Un article de Upfing.
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| ATELIER F3
"Recomposer des responsabilités dans un internet multipolaire Vendredi 25 mai / 10h30-12h30
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Sommaire |
Discutants pressentis
- Animation : Olivier Auber, innovateur, chercheur indépendant (KM2.NET, ANOPTIQUE.COM, etc.)
- Michel Riguidel, Télécom Paris
- Jean-Paul Fourmentraux, FING
- Michel Briand, élu local animateur @-brest
- Raphael Labbé, u-lik.com -- Malheureusement je ne pourrais pas venir.
J'invite tous ceux intéressé à me contacter dans la mesure ou je compte malgré tout offrir du temps de cerveau à la FING sur la thématique de l'identité www.leafar.eu
Lancement du débat (à discuter!)
Cet atelier particulier est consacré à la notion de "responsabilités", notion qui invite à la considération de l'Autre, plus prosaïquement à penser l'impact qu'un apprenti sorcier peut avoir sur la société, ou encore à l'idée qu'il a lui-même des conséquences sociales de ses propres pratiques.
J'aimerais orienter cet atelier vers la question de la sémantique de l'innovation. Il me semble en effet que les innovations technologiques et d'usages, bien qu'elles produisent beaucoup de nov'langue dès leur émergence dans l'optique d'être identifiées comme telles et de se vendre, rechignent à nommer clairement le statut de ceux auxquelles elles sont destinées, ou alors de manière extrêmement réductrice. Le mot "blogger" en est un exemple.
Prenons le mot "citoyen", qui concentre en lui beaucoup de notions (droits, devoirs, etc.) touchant à la "responsabilité" individuelle et collective. Le sens du mot "citoyen" parait particulièrement mis en péril par cette sémantique de l'innovation, aussi bien que par certaines mutations lente et invisibles des pratiques sociales qui s'y réfèrent toujours, mais qui tendent à en modifier, voire à en détruire le sens.
C'est le cas par exemple des phénomènes concourant à une forme d'industrialisation de la vie politique: marketing, sondages, utilisation massive des médias audiovisuels et de la presse, qui traitent les électeurs, non comme des citoyens, mais comme des consommateurs de programmes politiques et de médias. Dès lors, il parait légitime que le citoyen responsable qui voudrait faire valoir ses droits face à cette industrie politique troque le code constitutionnel contre celui de la consommation.
Je me permets de signaler à ce sujet l'initiative MENSONGES.INFO: http://mensonges.info
Ce type de glissement sémantique assumé permettant de mettre en lumière un autre qui ne l'est pas, qui parait légitime en vue de réduire la confusion des pratiques liées aux anciens médias (TV, Presse), sera sans doute de plus en plus nécessaire face à la montée annoncées de l'informatique omniprésente, des réseaux acentrés et de la convergence NBIC.
L'apprenti sorcier est-il celui qui propose des glissements sémantiques explicites, ou bien celui qui participe au glissement invisible des pratiques?
Je vous propose de "lancer" chacun d'entre vous par une question, dans l'ordre suivant - n'hésitez pas à revenir vers nous si vous vous sentez plus à l'aise autour d'un autre thème/question, à me proposer autre chose, etc.
1) à Michel Riguidel, Télécom Paris: qu'est qu'un citoyen à l'heure de l'informatique omniprésente et des réseaux acentrés? Quelle terminologie pour l'action?
2) à Jean-Paul Fourmentraux, FING : L'artiste "apprenti sorcier" à l'ère des TIC
3) à un représentant d'un acteur public : à l'échelle locale, toujours citoyen ou déjà consommateur?
4) à Raphael Labbé: l'Etat, un fournisseur d'identité parmi d'autres?
5) un juriste dans la salle: qui sont les apprentis sorciers du droit qui répondront aux apprentis sorciers des technologies et des médias?
6) à tous, en définitive: ouvert!
--OlivierAuber 17 mai 2007 à 17:04 (CEST)
Méthodologie de l'atelier (A discuter !!)
Le thème général des ateliers du vendredi est "Innover dans le brouillard".
Ils sont tournés vers l'action, mais aussi vers la recherche d'un équilibre entre la nécessaire liberté d'innover et de chercher, les attentes de la société et la prise en compte de risques nouveaux.
Il s'agit donc lors de ces ateliers :
- De débattre des manières concrètes de répondre à quelques questions telles que :
- Comment pouvons-nous mieux comprendre et anticiper l'impact de pratiques, de technologies et de réseaux nouveaux, puissants et en constante évolution ?
- La société peut-elle rester partie prenante de l'innovation au quotidien ? L'"innovation par l'usage", essentielle dans le numérique, peut-elle se prolonger dans un monde d'objets communicants ?
- Comment construire le dialogue entre la société, les chercheurs, les innovateurs et les industriels ? Que nous apprennent l'expérience des débats autour du nucléaire, des OGM, des nanotechnologies ?
- Où, comment se définit, se recherche et s'exerce la responsabilité ? Que faire du "principe de précaution" ? ...
- De produire collectivement des conclusions à partager avec les autres participants de l'UPFING, et au-delà.
Cette production peut prendre une de ces trois formes (ce sont des suggestions, sentez-vous libre de décider autre chose !) :
1- Des dispositifs (techniques, sociaux, économiques, scénographiques...) idéaux qui répond aux défis et aux opportunités identifiés
2- Des messages : les 5 principes éthiques, règles de design et de management, etc. sur lesquels fonder toute action dans l'avenir ; les 4 actions prioritaires immédiatement...
3- Les 5 indicateurs-clés à mesurer pour demain...
Discussion
Michel Briand, ville de Brest
Sur Brest on a essayé de prendre en compte des personnes éloignées des TIC, de développer l'idée que chacun-e peut apporter quelque chose (wiki-brest) et on s'est rendu compte que ces outils pouvaient être un outil de reconnaissance, de valorisation des personnes.
D'ou une question que je peux proposer ...
Dans la responsabilité n'y a t-il pas aussi de la reconnaissance de l'autre ? Est ce que valoriser la reconnaissance des personnes, favoriser l'expression ne concourt pas aussi à ce que chacun se sente responsable puisque davantage partie prenante ?
Sur l'innovation, en accompagnant les usages on s'aperçoit que bien souvent l'appropriation amène apres la découverte, l'usage de l'outil à une mise en oeuvre innovante. On a pu le voir par exemple sur le bilan des 7 années de l'appel à projet annuel en cour avec marsouin en regardant les porpositions en année 1, puis 2 , 3 4 d'une structure d'insertion, d'une bibliothèque, dune association.
Et ce lien entre les actions concrètes des acteurs une observation d'usages, et une politique publique enrichie d'une évaluation me parait une voie à creuser et plus féconde que les discours non suivi d'actions..
Dans le petit recul que je peux avoir sur Brest il ya aussi la notion de territooire et d e proximité : bien sur le réseau permet d'élargir les contacts de rapprocher des personnes éloigénes géographiquement , mais participer à l'appel à projet pour reprendre cet exemple c'est aussi rentrer dans les réseaux des "balado-créateurs" , des sites participatifs, des écritures sur wiki-brest ... Et l'appropriation est facilité par ces réseaux humains d eproximité qui donne co,nfiance et apporte une aide mutualisée.
Jean-Paul Fourmentraux, FING, L'artiste "apprenti sorcier" à l'ère des TIC :
Dans de nombreux pays, les « systèmes nationaux d’innovation » promeuvent une redéfinition des métiers de recherche et de création visant à répondre à un impératif de valorisation économique. Dans le secteur des arts, ils favorisent l’apparition de nouvelles alliances interdisciplinaires proposant d’articuler la «recherche artistique» et la «création technologique» dans une perspective internationale de concurrence à l’innovation.
Ces leviers politiques ont-ils des effets concrets sur l’organisation du travail et sur l’identité artistiques ? Entraînent-ils une revalorisation ou une dévalorisation de l’activité ? Selon quelles conditions l’artiste peut-il ou doit-il incarner la figure idéal typique du "travailleur mobile et inventif" dans un environnement où les liens entre la créativité et l’innovation sont fortement valorisés, mais demeurent néanmoins assez problématiques ?
Je propose de contribuer à l'atelier en interrogeant la "responsabilité" des artistes dans ce contexte d'articulation aux procès nationaux d'innovation.
J'entends l'idée de responsabilité à un double niveau :
- celui de l'engagement de certains artistes dans des consortiums interdisciplinaires qui redéfinissent leur identité, leur métier et la nature de leur production (entre oeuvre et produits, art et innovation technologique). Que produisent les artistes avec les TIC ? Quelles sont les retombées et enjeux de ces productions ?
- celui du partage des responsabilités dans des situations de co-production qui associent artistes, ingénieurs, managers. La responsabilité étant entendu aussi comme une des deux dimensions de l'autorité, qui recoupe le crédit et la responsabilité. Qu'est-ce qu'être auteur dans ce contexte ?
Au plaisir de vous rencontrer et d'échanger.
Esther Joli
Questions... poser qu'il y a, ou que nous sommes des apprentis sorciers, cela laisse derrière le paravent la question de qui sont les sorciers... nous jouons, nous apprenons, nous expérimentons, ah oui, il faut dire nous innovons... en servant quels maîtres? quelles logiques, quels vecteurs de force? EJ
Etre responsable, c'est : "répondre de" ce que l'on produit,impacte,engage, avec les effets de bord et de retour. EJ
Compte rendu
S'il est une vision du monde propre à la pensée magique et aux apprentis sorciers, c'est bien celle d'un univers où les actions de tous rejaillissent sur tous. Dans l'univers numérique, acentré, constitué de pure information, où l'enchaînement des causes et effets semblent se diluer dans l'infini, comment chacun peut-il sentir son impact? Comment faire société? C'est la question qu'a posé " Olivier Auber lors d'un atelier de la cinquième université de printemps de la Fing.
Olivier Auber, innovateur multi-touche, ardent défenseur du bien commun numérique, a commencé son intervention par une redéfinition de la «sémantique de l'innovation » telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui par les « apprentis sorciers ». Selon lui, le premier type d'innovation, « l'innovation ouverte», correspond à la création d'un nouveau type de service ou de logiciel. Une telle invention s'accompagne souvent de la création de nouveaux termes. Exemple, le « blog », qui voit apparaître les « blogueurs »
Mais il existe aussi des innovations cachées qui reposent sur de lentes évolutions d'usage, qui ne portent pas forcément de noms, ou qui utilisent des vieux mots en changeant leur sens. Le glissement du terme « citoyen » en est un exemple. En effet, les médias, la télévision en particulier, ont changé le sens de ce mot. En adoptant les méthodes du commerce et du marketing, elles ont créé un nouveau domaine, celui de « l'industrie politique », dont les citoyen ne sont plus que les « consommateurs ».
Le consommateur apparaît comme un nouveau prolétaire, pour employer une expression du philosophe Bernard Stiegler, voire comme le propose Olivier Auber: un « homme diminué », a contrario de l'image vendeuse de l'"homme augmenté".
Comment un citoyen peut-il exercer ses droits et ses devoirs dans le collectif alors que le code constitutionnel, désuet désormais devrait céder le pas à celui de la consommation ? Comment peut-il exprimer une voix si ce n'est en prenant conscience de son statut de consommateur, et en prenant ce statut à bras le corps, en utilisant des outils de consommateurs en créant par exemple un « syndicat de défense des consommateurs politiques »
Fort de cette conclusion, Olivier Auber espère ainsi mettre les politiciens devant leurs responsabilités en publiant sur le Net une « base de données des mensonges politiques». Les « mensonges » sont classés selon diverses catégories : mensonges avérés, comme des contradictions dans le discours, l'énonciation de fausses informations, d'autres sont présumés, comme l'usage de grands mots dénués de sens... Grâce à un tel outil, qui fait suite à NotreConstitution.net dont il avait été l'un des animateurs, il devient possible de dépasser collectivement les limites de notre courte mémoire ou de nos facultés d'observation individuelles en plaçant l'homme politique devant ses contradictions.
Michel Briand, adjoint au Maire de Brest, en charge de la démocratie locale, la citoyenneté et les nouvelles technologies a souligné combien la position d'Olivier Auber est justement celle d'un consommateur. (Il assume)
Pascal Renaud, socio-économiste à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), a remarqué de son côté que l'idée de considérer les politiques comme des fournisseurs de services est précisément l'idée, "libérale", portée par le forum mondial de Davos : les Etats deviennent ainsi susceptibles de se retrouver en concurrence avec des service privés. Et de se demander au final, si Mensonges.info ne rejette pas toute idéologie. (Est-ce vraiment ce que Pascal Renaud a dit, ou voulu dire? Note OA)
Mais il n'y a pas que la politique qui est confrontée à ses responsabilités. Jean-Paul Fourmentraux, du Centre de sociologie du travail et des arts, intervint pour présenter le rapport des artistes numériques à la responsabilité, à la fois comme usagers et innovateurs.
Lorsqu'ils sont usagers les artistes essaient souvent d'apporter un éclairage sur notre emploi des nouvelles technologies. Ainsi le « collectif Jodi» a-t-il créé une espèce de « virus artistique » qui multiplie des fenêtres pop-up et charge des petites applications sur le disque dur du visiteur ; Mark Napier a élaboré "Shredder", un « navigateur alternatif ». Là aussi des « virus html » brouillent l'affichage des sites visités et les rendent illisibles, les transformant en expériences esthétiques. D'autres artistes produisent des logiciels parodiques, comme Autoshop, un logiciel de manipulation graphique automatique. D'autres détournent certains aspects de la société de consommation, comme Matthieu Laurette qui créa le site web des produits remboursés...
Plus qu'un regard décalé sur l'usage des outils numériques, d'autres artistes projettent leurs regards un cran plus loin, comme des innovateurs. Ainsi ce jardin des hasards, une oeuvre plastique et sonore qui change en temps réel en fonction des données météorologiques, initiée par Bernard Gortais. Des innovations qui sont souvent le fruit des travaux conjoints d'un artiste et d'un ingénieur et qui mettent en perspective une attitude « prospective » de l'artiste ne va pas sans bousculer certaines identités professionnelles.
Michel Riguidel, de l'Ecole nationale supérieure des télécommunications, est ensuite intervenu sur les problèmes de sécurité et de responsabilité informatique. Selon lui, il est de plus en plus difficile de définir "les responsabilités". Les difficultés venir vont apparaître tant de qui est tout petit (les nanos, la biotech...) que de ce qui est gigantesque (les grands réseaux internationaux). La délinquance informatique est en train de changer. Aujourd'hui, un hacker n'a encore que des pouvoirs très limités, mais bientôt, dit-il, chaque individu pourra avoir à sa merci la puissance informatique du gouvernement américain. Grâce au système des « objets connectés », chacun pourra « toucher » un objet situé en Papouasie, ou en Nouvelle guinée. "Aujourd'hui, les choses n'ont plus de contours. On ne peut plus compter les objets informatiques, ni les nommer ; cela entraîne du coup une déresponsabilisation générale"...
Avec l'arrivée des NBIC, les failles se situeront surtout à l'interface entre l'informatique et le monde du vivant. Ce sont donc ces interfaces qu'il faut sécuriser. "Aujourd'hui, les conséquences d'un clic de souris ne sont pas simples", concluait-il. "Dans la chaine de confiance, l'utilisateur est responsable à 100%."
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