E3- Politiques dans/de l'EntreNet

Un article de UpFing06.


SESSION E3.
Session d'ateliers : Valeur, valeurs, acteurs de l'EntreNet : scénarios d'avenir
Vendredi 9 juin 2006, 10h-12h

Politiques dans/de l'EntreNet


Sommaire


Problématiques de départ

Utiliser le réseau comme instrument de propagande ou de mobilisation n'a en soi rien de neuf. En revanche, les années passées ont vu émerger des phénomènes plus nouveaux : la propagation spontanée des SMS qui ont fait basculer l'élection espagnole, l'organisation collective des Forums sociaux mondiaux, l'auto-organisation d'une "blogosphère du Non" lors de la campagne référendaire européenne, le rôle catalytique joué par certains blogs sur la politique locale...

Plutôt qu'aux initiatives des hommes politiques ou des institutions, on s'intéressera ici, au départ, à ces phénomènes largement auto-organisés – et à leurs relations avec les médias, les institutions et les pouvoirs.

  • Comment s'organise l'espace public politique dans l'EntreNet ?
  • Quels effets a-t-il sur le débat public ?
  • Comment prendre en compte ces nouvelles dynamiques ?


Méthodologie / Ligne de conduite des ateliers

Les ateliers du vendredi 9/6 au matin s'intéressent à la manière dont se structurent les territoires qui composent ce que nous désignons par "EntreNet" : les jeux d'acteurs, les stratégies, les modèles économiques, les relations...

Ici encore, il sera important de s'appuyer sur des exemples concrets pour engager un échange ni complaisant, ni critique par principe. Après une phase d'échange, les ateliers auront pour mission de proposer 2 ou 3 scénarios d'avenir : des histoires courtes, intelligibles, de ce qu'il pourrait advenir dans 5 ans.

Contributeurs

Animateur : Maurice Ronai, EHESS

  • Xavier Moisant, Place de la Démocratie
  • Christophe Aguiton, France Telecom R&D
  • Maurice Ronai, EHESS
  • Nicolas Vanbremeersch (Versac), editeur du blog versac.net

>>> Voir son billet post-UpFing06


Débat : que sait-on, que pense t-on aujourd'hui sur ce sujet?

Quelques éléments personnels pour préparer mon intervention (en mode "notes livrées à la discussion", N. Vanbremeersch) 1. Le referendum n'a pas été la victoire des blogs C'est ce qu'on entend souvent, mais le referendum de 2005 a été gagné par le non par des moyens de mobilisation politique propres aux réseaux djà installés de longue date par les militants de la gauche de la gauche. C'est le fort maillage des sites pour le non (de toutes tendances) qui a permis leur émergence. D'un autre coté, on a vu émerger des citoyens anonymes dans le débat (avec une allocation subite d'autorité), ce qui rapproche du phénomène des blogs. Le cas d'Etienne Chouard en étant le plus emblématique, mais il y en a d'autres. Mais E. CHouard a avant tout été porté par les réseaux d'extrème gauche, qui ont trouvé dans son argumentaire une position qui pouvait dépasser leurs réthorique habituelle, puis ensuite par une masse des citoyens, qui a adhéré à ses idées.

Ce qui me semble avoir caractérisé cette période, c'est le souci de formation autonome du jugement des citoyens, sur un sujet transpartisan et dans lequel une suspicion était jetée sur les inetrmédiaires classiques de la démocratie (partis et media). Je cherche à former mon jugement, je ne fais pas confiance aux intermédiaires : je vais donner une valeur à un individu apparement dénué d'intérêts directs, ou privilégiant une approche "de plain pied", d'assistance, de conversation qui me rend plus riche.

2. Petit retour sur Publius.fr

Publius a connu un succès important. Environ 500.000 visiteurs uniques cumulés sur la durée de la campagne (novembre-juin, statcounter). Citations multiples (forums, e-mails, autres blogs, media...). Les raisons tiennent à mon avis aux éléments expliqués ci-dessus : dans une campagne très dure, une proportion importante de citoyens était véritablement à la recherche d'endroits où l'on pouvait se trouver de la matière, se poser des questions, échanger avec d'autres, le tout pour former son jugement, dans une attitude relativement positive. Les media ne remplissaient pas vraiment ce rôle, étant soit dans un mode de diffusion d'analyse synthétiques prémachées, soit dans la fourniture de lieux de confrontation violente (forums des sites politiques). Publius fournissait du point de vue, de l'analyse, un peu de compétence et de savoir parallèle, de l'échange, de l'ouverture vers d'autres opinions que les siennes. Un rôle de pivot.

(Publius.fr est un blog collectif sur le sujet de la constitution monté par 8 blogueurs de sensibilités diverses).

3. L'influence de l'entrenet sur la politique

Elle est double, à mon avis.

Il y a d'abord une influence directe, difficile à mesurer, et à caractériser, sur laquelle sont dites beaucoup de bétises. Quelques éléments me semblent certains à ce stade :

  • la capacité de "l'entrenet" à faire émerger de nouvelles autorités. Individus, organisations, ... l'exemple de Kos aux US est frappant : son influence sur le sort du parti démocrate est très importante aujourd'hui. Et son émergence a été le fait de cette "société en ligne".
  • la capacité de l'entrenet à créer des points de concentration du débat public. La force collective (longue traine) de ces individus en réseau peut, de manière exceptionnelle, en se mobilisant autour d'une cause ou d'un sujet, créer un contre-pouvoir (éphémère, souvent). Les exemples sont innombrables, de Live8 ou la mobilisation pour la libération d'Hao Wu.

L'aure influence est indirecte, et passe par les media, comme l'ont bien montré Drezner et Farrell dans un papier de 2004. Le jeu entre "entrenet" et les media traditionnels est un jeu de miroirs multiples. Les media tentent de participer à la montée d'autorité de certains des "entrenetteurs", et se nourissent en échange des informations, angles et analyses de cette société. Aujourd'hui, en France, hors cas de niche, beaucoup des blogs dits influents le sont à cause d'une relation particulière avec les intermédiaires classiques (media et politiques).

4. Quelques spécificités de la blogosphère française

  • le poids des hommes politiques. Comme la blogosphère a grandi à la lumière de l'expérience de 2004, les hommes politiques sont arrivés tôt dans cet espace. Leur présence dans l'espace de la discussion politique en ligne est assez forte (c'est intuitif). Aux Etats-Unis, cet espace s'est créé sans eux, et ils y sont fnalement venus tardivement.
  • la relative faiblesse d'une blogosphère de haut niveau scientifique. Les pionniers de la blogosphère américaine, les grands blogs politiques de second rang sont souvent des blogs d'universitaires ou d'experts. En France, ces blogs se comptent presque sur les doigs de quelques mains. Ce sont les journalistes (Schneidermann, Birenbaum, barbier, Aphatie...) qui les remplacent.
  • une faible concentration. Nous n'avons pas fait émerger de DailyKos ou d'instapundit. les grands blogs politiques communautaires sont assez faibles, comparé aux Etats-Unis. On peut imaginer que cette concentration se fasse à l'occasion de 2007, comme en 2004 outre atlantique, mais rien n'est moins sûr.

Voilà pour ouvrir la discussion...

Compte-rendus ouverts

Illustrations / Cas concrets

Références et liens utiles sur le thème

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